samedi 10 décembre 2016

La Symbolique Maçonnique dans la Flûte Enchantée


Je sauvegarde cet article du site maçonnique de l'Edifice, affirmant l'appartenance de Mozart à la franc-maçonnerie et expliquant en partie le symbolisme maçonnique de sa musique. Article écrit par un franc-maçon donc à prendre avec précaution. On peut consulter la liste régulièrement mise à jour des auteurs gnostiques. 

Voici l'article :

Le temps alloué pour la présentation de cette planche ne permet pas d'aborder le sujet sous l'angle musical. Mozart, ayant à ce niveau réalisé un travail d'orfèvre il faut quelques heures, des moyens << sonores >> et des compétences musicales certaines pour évoquer cet aspect avec sérieux. Je me limite donc à souligner le caractère symbolique dans la mise en scène, le livret et les décors. Je ne réponds pas aux éternelles questions sur Mozart : qui fut-il vraiment ?
Comment, doté de talents exceptionnels et reconnus (on disait déjà, à l'époque : le divin Mozart) peut-on finir sa vie dans la misère, rejeté de presque tous et sans pouvoir faire exécuter des œuvres aujourd'hui interprétées et reproduites à des millions d'exemplaires ? A l'occasion du prochain bicentenaire de sa mort, tout et n'importe quoi va être dit et écrit sur le sujet. Je dirai simplement que Mozart a vécu en homme libre et que ses convictions maçonniques l'ont beaucoup soutenu dans ses choix de vie. Voici quelques exemples de cette liberté d'action et de pensée : L'aristocratie est fortement représentée dans son auditoire : il ne se prive pas de la ridiculiser dans les « Noces de Figaro ». Malgré le public féminin des concerts privés donnés les après-midi, Mozart ne cache pas son mépris pour la frivolité des femmes dans « Cosi fan tutte » (« Toutes les mêmes ! »). Il compose des œuvres que personne n'est capable de rejouer correctement pour briller dans les salons privés. Enfin, et dernier exemple, il défend l'Opéra allemand, le Singspiel, à contre-courant des tendances officielles soutenues par SALIERI et CIMAROSA. Rien ne l'empêche d'écrire « l'Enlèvement au sérail » et surtout « la Flûte enchantée », opéra toujours inégalé dans le genre.


Mozart, prénommé Johannes, Chrysostomus, Woigang, Gottlieb (changé en Amadeus après ses multiples voyages en Italie) est né le 27 janvier 1756 à Salsbourg. Située en Bavière, dans l'Allemagne de l'époque, Salsbourg ne sera rattachée à l'Autriche que 25 ans après la mort de Mozart. Cette ville qui fût très riche au Moyen-Age en raison de la présence d'importants gisements d'or et d'argent, n'est plus en 1756 qu'une cité d'environ 10000 habitants, sur le déclin, dont la seule gloire est d'être la résidence d'un co-prince archevêque. Ce dernier et la haute noblesse, des fonctionnaires et la petite noblesse, des bourgeois, et enfin le bas-clergé et les employés de la cour constituent l'essentiel de sa population. Le père de Mozart appartenait à cette dernière catégorie.

Il faut aussi noter que Mozart comptait parmi ses aïeux deux maîtres-maçons opératifs qui eurent chacun la charge de l'entretien de la cathédrale d'Augsbourg. Bien que jeune de quelques dizaines d'années, elle est telle un raz-de-marée qui emporte tout ce que l'Europe compte d'intelligence et de générosité. On peut, en effet, parler de raz-de-marée, comme à chaque fois que l'on est en présence d'un phénomène compensatoire. En l'occurrence, la franc-maçonnerie est alors, ou déjà une alternative intellectuelle et spirituelle aux valeurs traditionnelles.

Particulièrement, la toute-puissante église catholique n'est plus qu'une institution politique, sans fondement social et vidée de toute substance spirituelle. La franc-maçonnerie, malgré les premières bulles papales prises à son encontre, choisit d'ignorer l'église romaine et de simplement répondre aux aspirations du moment. Quelles sont-elles ? Après les schismes, les périodes d'hérésie et celles des grandes ascèses, le monde chrétien d'Europe est profondément divisé par l'application de la Réforme : d'un côté, nous voyons des états catholiques comme l'Autriche, de l'autre un ensemble protestant auquel adhèrent la plupart des états allemands. Alors, lorsque la franc-maçonnerie s'appuie sur l'enseignement humanitaire des philosophes de « I'Aufklarung » (littéralement : s'élever vers la lumière - cf « Les Lumières » en France : laïcisation de la pensée et rationalisation de tous les critères, dans tous les domaines), et propose d'ignorer les contraintes de la Réforme, de dépasser les particularismes et les rites des religions homologuées en plaçant à égalité la bible, le Coran et tout autre livre « sacré » pour ne retenir que la notion d'un « Grand Architecte de l'Univers », les postulants sont nombreux. Mozart ne reste pas indifférent à cette approche. En 1773, Mozart découvre la franc-maçonnerie.


L'Impératrice Marie-Thérèse, veuve du conciliant François 1er, mort en 1765, la supporte mal : certains courants comme les Templiers de la stricte Observance, les Rose Croix sont pour elle trop versés dans le mystique voire l'occultisme ou l'alchimie. Heureusement, une autre tendance se développe davantage, proche des idées rationalistes de l'Aufklarung : le compositeur Gluck et le baron Tobias von Gebler en font partie. Mozart les rencontre à Vienne. Il a 17 ans et accepte de mettre en musique pour von Gebler « Thamos, roi d'Egypte ». Gluck, bien que maçon et ami du baron, y renonçait. Pourtant, le livret est chargé de symbolisme. C'est une révélation pour Mozart qui s'appuiera sur le même thème pour composer « La Flûte enchantée » 17 ans plus tard. Quant à Mozart, il attend le14 décembre 1784 pour être initié, vers 8 heures du soir, à la loge « La Bienfaisance », dont la vocation est l'action caritative et la mise en pratique des idées de « I’Aufklärung ». Ce qui ne prouve pas que Mozart fit partie des « Illuminés de Bavière ».
Nous pourrons donc fêter ce soir le 206ème anniversaire de son entrée en maçonnerie et lui porter un toast lors des agapes prévues après cette tenue. Un an avant la première représentation de La Flûte enchantée, Mozart, on l'a vu plus haut, affichait son dédain pour le féminisme en composant « Cosi fan tutte », dans la plus pure tradition de l'époque telle que, sous des dehors de galanterie affectée, il était de bon ton de mépriser les femmes. Toute société religieuse ou spirituelle, encore de nos Jours, prônait la domination masculine. La franc-maçonnerie avait la même position. Les Constitutions d'Anderson, fort récentes puisque datant de 1723, étaient dans tous les esprits. Je vous rappelle qu'elles limitent l'admission à la franc-maçonnerie aux hommes de bonne réputation, à l'exclusion des esclaves, des femmes et des gens immoraux ou déshonorés. En réaction, se créent alors des loges mixtes dont beaucoup ne sont malheureusement que des parodies fantaisistes davantage assimilables à des clubs de rencontre qu'à des loges maçonniques. Toutefois, une maçonnerie féminine sérieuse se développe.


Il s'agit des Loges d'Adoption qui, avec une hiérarchie masculine, se consacrent aux œuvres de bienfaisance. Devenue importante, cette institution est reconnue par le Grand Orient de France en 1774. Et dans La Flûte Enchantée, Mozart, adoptant à nouveau une position originale et courageuse, va prendre le parti de réhabiliter la Femme par la voie de l'initiation rnaçonnique du Couple. Au début de l'opéra, la Reine de la Nuit et ses trois dames ne règnent que sur l'obscurité car imparfaitement initiées et limitées par la nature de leur sexe. Mais Mozart proposera à Pamina, la fille de la Reine de la Nuit, de s'élever au dessus de ces contraintes et de dépasser ces limites en recevant avec Tamino la véritable initiation maçonnique. Nous venons de mettre un pied dans l'univers de l’œuvre. Allons à présent plus loin mais en gardant, encore quelques instants, le regard du profane.

Œuvre lumineuses et rayonnante, La Flûte Enchantée attire beaucoup de spectateurs mais en indispose aussi certains. Personne ne remet en cause la qualité musicale mais on est gêné par un mélange incohérent de féerie, de farce ; on a du mal à prendre au sérieux le déroulement d'aventures sans queue ni tête. Les paroles en allemand ne facilitent pas davantage la compréhension. Enfin, on vous plonge dans un abîme de perplexité en vous apprenant qu'il faut connaître tout un symbolisme ésotérique pour y comprendre quelque chose. Mozart aurait-il volontairement donné à son œuvre une apparence déroutante pour la protéger des non initiés ? Ceci n'a aucun sens. Nous savons qu'à contre-courant de la mode, il défend le « Singspiel », l'opéra comique allemand. Cette position fait fuir le public aristocratique et Mozart travaille donc pour l'auditoire populaire des théâtres de banlieue bien loin des sciences ésotériques et de la symbolique maçonnique. Mozart ne fait que rechercher l'audience la plus large pour une œuvre porteuse de paix et de fraternité.

La Flûte Enchantée est le joyau du « Singspiel » qui se veut être un mélange de genres : la tragédie, l'opéra bouffe, le chant populaire allemand, le chant religieux et la bonne grosse farce germanique sont évoqués. Mozart ne composera pas une œuvre bric-à-brac grâce à la maîtrise accomplie de son art qu'il possède à la fin de sa vie. Après une introduction musicale superbe, dans un site sauvage et montagneux, on découvre, poursuivi par un serpent, un prince japonais nommé TAMINO qui s'évanouit d'épuisement. Trois Dames voilées, inféodées à la Reine de la Nuit, tuent l'animal et admirent longuement la beauté du jeune homme avant d'aller rendre compte à la Reine. Entre alors PAPAGENO, l'oiseleur de la Reine. Il fait reprendre conscience à TAMINO et lui dit avoir tué le serpent. De retour, les trois Dames musellent PAPAGENO d'un cadenas pour lui apprendre à mentir et ne lui donne que de l'eau et du pain sec pour tout salaire de sa dernière capture d'oiseaux. A la demande de la Reine, les trois Dames proposent à TAMINO, en échange de sa main, de libérer PAMINA, sa fille prisonnière du méchant génie SARASTRO. Tombé amoureux à la seule vue du portrait de PAMINA, TAMINO accepte la mission. PAPAGENO devra l'accompagner. Ils reçoivent une flûte enchantée (il faudrait dire enchanteresse) et un « glockenspiel » (carillon de clochettes) magique. La scène suivante montre, dans un palais égyptien, trois esclaves se réjouissant de l'évasion de PAMINA.

Malheureusement, elle est vite ramenée par son gardien, le maure lubrique MONOSTATOS. PAPAGENO parvient à entrer dans le palais et apprend à PAMINA qu'un beau prince va venir la délivrer. Elle tombe également amoureuse à l'écoute de la description de TAMINO par PAPAGENO. TAMINO, guidé par trois enfants, arrive devant trois temples nommés Sagesse, Raison et Nature. Il est accueilli par un vieux prêtre qui lui apprend que SARASTRO n'est pas du tout le sombre personnage qu'il croit. TAMINO, de nouveau seul, se met à jouer de la flûte en prenant les astres à témoin de sa perplexité.

Au son de la flûte répondent les clochettes de PAPAGENO qui arrive accompagné de PAMINA et poursuivi par MONOSTATOS. Le glockenspiel de PAPAGENO charme et neutralise MONOSTATOS et ses sbires. Arrive sur un char tiré par des lions SARASTRO qui punit MONOSTATOS, promet d'unir TAMINO et PAMINA une fois qu'ils auront subi des épreuves. Et il les sépare. Fin du premier acte. Le rideau tombe pour l'entracte. On est abasourdi de musique, de féerie. On se demande si on a bien tout compris et on se plonge dans le programme pour y trouver des réponses...

Le second et dernier acte nous conduit dans une palmeraie où SARASTRO demande à un conseil de prêtres d'accorder la sagesse au jeune couple. TAMINO et PAPAGENO, conduits dans un temple, doivent résister à des tentations en restant silencieux. Nous sommes ensuite dans un jardin, où MONOSTATOS tente d'embrasser PAMINA assoupie. Survient la Reine de la Nuit qui fait fuir le maure et remet à sa fille un poignard pour assassiner SARASTRO l'usurpateur des pouvoirs de son mari décédé. Dans un air célèbre, elle jure de la renier si elle désobéit. MONOSTATOS, témoin de la scène, par chantage et armé du poignard, tente d'abuser de PAMINA. Survient SARASTRO qui chasse définitivement MONOSTATOS du palais. Les épreuves de TAMINO et de PAPAGENO se poursuivent. PAPAGENO échouera mais recevra une compagne PAPAGENA. En final, TAMINO et PAMINA, après être passés sous des rampes de feu et avoir traversé une chute d'eau sont reconnus vainqueurs dans leurs épreuves et unis par SARASTRO. Les chœurs chantent la défaite du royaume de la nuit et un hymne au soleil clôture la représentation.

Œuvre lumineuse et déconcertante. Certes, mais je vous propose maintenant d'avoir une autre vision de cet opéra. Il est temps de préciser que le livret est le fruit du travail collégial de quatre francs-maçons aux personnalités fort différentes - Emmanuel Schikaneder, directeur du théâtre « Auf den Linden » où est produit l'opéra. Il tient le rôle de PAPAGENO fait à sa mesure. - Johann Metzler, juriste et minéraliste mais aussi auteur et interprète sous le nom de Giesecke. Il tient le rôle d'un esclave dans les premières représentations. - Le baron Ignaz von Born, juriste, philosophe et aussi minéralogiste (rappelez-vous que Salsbourg est entourée de mines d'or et d'argent). Un des piliers de « I'Aufklarung » il est aussi le secrétaire de la Grande Loge d'Autriche et passe pour expert des rituels de l'ancienne Egypte… Mozart, qui est un maçon voyageur (il composait beaucoup des chants et des airs interprétés dans les loges en clôture des travaux) fréquente assidûment la loge du baron : « La vraie Concorde ». Une forte sympathie existe entre les deux hommes et von Born participe toujours aux souscriptions pour financer les œuvres de Mozart. Von Born, mort trois mois avant la parution de la Flûte Enchantée a vraisemblablement influencé le personnage de SARASTRO. - Mozart, enfin, qui fût le ciment des talents variés de cette équipe et qui parvint à les marier harmonieusement.

Je souhaite, à présent, vous proposer une toute autre lecture du livret. Comme nous pouvons déjà le pressentir, l'action de « La Flûte Enchantée » reprend l'affrontement des clans symbolisés par le Jour et la Nuit l'Homme et la Femme, Sarastro et la Reine de la Nuit. Ce dualisme de situations suggère d'utiliser les deux colonnes du temple, Jakin et Booz, pour aborder l'aspect symbolique de l'opéra. En effet, dans le respect des diverses significations allouées aux colonnes, nous allons répartir les éléments majeurs de l’œuvre, à savoir: les principaux personnages, les objets et les décors. Sur les colonnes du Sud, du côté de Jakin, peuvent prendre place SA-R-A-S-T-R-O ou le Soleil, TAMINO ou le Feu, PAPAGENO ou l'Air, l'Or de la Flûte, le nombre 3 des batteries, la couleur Rouge, la Maçonnerie masculine. Sur les colonnes du Nord, nous trouvons la Nuit ou la Reine du même nom, PAMINA ou l'Eau, MONOSTATOS ou la Terre, l'argent du Glockenspiel, le nombre 5 des batteries, les couleurs Blanche et Noire, la Maçonnerie féminine ou d'Adoption. Il faut souligner qu'on pourrait de la même manière répartir les éléments de la partition, à la note prés dans beaucoup de cas. Mais, c'est une autre planche. Par ailleurs, nous verrons que PAPAGENO et MONOSTATOS permuteront sur les colonnes au cours de l'action : le premier quittera le camp de la Reine de la Nuit pour rejoindre celui de TAMINO et donc de SARASTRO. Le Maure fera le trajet inverse.

Examinons plus en détail les personnages et les objets alignés sur les colonnes, SARASTRO (J) : Ce nom est inspiré de ZOROASTRE ou ZARATHOUSTRA, personnage historique et légendaire. Le vrai ZOROASTRE, expert en astronomie, serait l'inventeur de la magie. Dans l'opéra, il ne connaît ni passion, ni aventures, Sans compagne, symbole solaire vivant, il règne sur un monde d'initiés masculins dont il veille à maintenir la suprématie sur le Monde des femmes et de la Nuit. Il a hérité des pouvoirs de l'époux décédé de la Reine de la Nuit matérialisés par un disque solaire porté en pendentif. La Reine de la Nuit (B) : symbole lunaire de la révolte contre le sexe fort.

TAMINO (J) : Ce nom signifie « Homme consacré au dieu égyptien Min ». Il est prince, personnage de catégorie supérieure dans le mon i de profane qui subira, comme tout homme ordinaire, les épreuves de l'initiation.

S PAMINA (B) : Ce devait être TAMINA, « Femme consacrée au dieu Min ». Fille de la Reine de la Nuit, l'initiation le fera changer d'univers. « Son personnage est chargée de symboles.

F PAPAGENO (J) : En vieux français, le mot Papageal signifiait perroquet. Pourvoyeur des volières de la Reine et fournisseur du royaume en frivolités, il représente l'homme faible qui échoue dans sa démarche initiatique. Par construction théâtrale, il forme avec PAPAGENA le pendant au couple noble, et contribue à une fin heureuse de l’œuvre. Enfin, ce personnage est taillé sur mesure pour Emmanuel Schikaneder, avant tout, acteur comique.

MONOSTATOS (B) : (en grec : l'isolé). Noir de peau, comme l'est souvent le gardien d'esclaves mais aussi la brebis « galeuse » du troupeau, l'homme entré par erreur en maçonnerie. Il rejoindra d'ailleurs le Royaume de la Nuit, Le noir le place sur la colonne du Nord et l'associe au signe de « Terre ». Charnel, il appelle souvent TAMINA, dans ses assauts, ma petite colombe. Rappelons-nous que de l'arche de Noé se sont envolés un corbeau noir et une blanche colombe. Le premier, symbole du Mal, vole encore indéfiniment sans savoir où se poser. La seconde est revenue à l'arche en serrant dans son bec un rameau d'olivier, symbole de la paix.

PAPAGANA (B) : Echoue dans les épreuves mais passe du physique d'une vielle femme à celui de la ravissante compagne de PAPAGENO. Du signe d'Eau, elle renverse une cruche sur ce dernier pendant son initiation. Les trois Dames (B) : Au service de la Reine de la Nuit, elles sont les initiées féminines de l'époque. Les trois enfants (J) : Pendants des trois dames dans le camp adverse, ils guident TAMINO et PAPAGENO vers le temple. Enfants, car les impétrants ne vont avoir que trois ans.

La Flûte enchantée (J) : (on devrait dire « magique »). Elle a un rôle modeste sans rapport avec ce que le titre peut laisser espérer. Ce titre a été maintenu pour attirer le public populaire. Elle est dorée, taillée dans un arbre millénaire. Par son usage, elle est liée à l'Air ; conçue par une nuit d'orage et de tonnerre, elle est aussi proche des éléments Eau, Terre et Feu. Réunissant les quatre éléments dans sa fabrication, elle est parfaite. Mozart, qui a par ailleurs écrit beaucoup pour cet instrument, a volontairement limité son importance musicale dans l'opéra. Elle n'est utilisée par TAMINO que dans ses moments de doute et de solitude, Le glockenspiel (B) : Pour des raisons de mise en scène, le vrai carillon reste dans la fosse d'orchestre, Sur la scène, fait de bois et d'acier, il est du signe de Terre et neutralise tous les éléments malveillants du même signe, notamment MONOSTATOS. Il attire, en revanche, PAPAGENA qui est d'un signe différent.

Après avoir attribué aux principaux personnages et objets de l’œuvre une place dans le temple, nous pouvons avoir une lecture différente du livret qui retrace les étapes préinitiatiques et les épreuves d'une initiation commune par laquelle Mozart propose de régler le conflit entre l'Homme et la Femme. Le premier acte : Il présente les préparations individuelles aux épreuves. TAMINO : Fuyant devant le serpent, symbolisant l'éveil des sens les plus naturels, ce prince japonais, donc venant de l'Orient, là où se lève le soleil éternellement, fuit sa condition de vie. Certes armé d'un arc puissant de potentialités certaines, il est malgré tout faible sans les flèches de l'expérience. D'épuisement et de frayeur, il s'évanouit, comme tous les futurs élus à un passage de grade, à une prise de fonction dans beaucoup de religions et surtout en Maçonnerie.

Cette notion forte veut qu'on renaisse à une vie éternelle. A ce sujet, Mozart écrivit à son père mourant : « Comme la mort est le vrai but de notre vie, je me suis tellement familiarisé, depuis quelques années (depuis son entrée en Maçonnerie, avec cette véritable et excellente amie que son visage non seulement n'a plus rien d'effrayant pour moi, mais m'apparaît comme très apaisant et très consolant ». Mozart reconnaît avoir reçu de la Maçonnerie un réconfort bien plus puissant que celui de l'Eglise face à la question de la mort. Il fait dire à SARASTRO que si TAMINO meurt dans les épreuves, il lui sera donné de goûter les joies divines auprès d'lsis et d'Osiris. TAMINO subit donc une première transformation. Quant au serpent, il est tué et découpé en trois morceaux par trois Dames avec une arme en argent.

Il faut rappeler que l'initiation dans les loges d'Adoption demande à l'impétrante de tenir un serpent, instrument de la tentation dans le jardin de l'Eden. Les trois Dames représentent la Maçonnerie féminine de l'époque. Elles sont toujours voilées car, imparfaitement initiées, elles ne peuvent avoir une vision correcte du monde extérieur. A son éveil, TAMINO découvre à son chevet PAPAGENO. Les trois Dames, après avoir longuement chanté la beauté du jeune homme sont parties rendre compte à la reine de la Nuit. PAPAGENO est du signe d'Air, complémentaire au signe de Feu de TAMINO. Ayant menti en se déclarant le vainqueur du serpent, il est, au retour des trois Dames, muselé d'un cadenas comme l'est aussi l'impétrante lorsqu'on lui plaque sur les lèvres la truelle du sceau de la discrétion. Les trois Dames, renonçant à toute aventure galante avec TAMINO, lui proposent de libérer PAMINA, fille de la Reine de la Nuit et retenue prisonnière par SARASTRO, le Maître du Royaume Solaire. Elles lui donnent un portrait de PAMINA dont TAMINO tombe aussitôt amoureux. PAPAGENO doit l'accompagner dans cette mission. PAMINA : Après son enlèvement au milieu de cyprès, le sombre destin préfiguré par ce cadre mortuaire semble se poursuivre. Elle est sous la garde du perfide et charnel MONOSTATOS dont le signe de Terre est complémentaire du signe d'Eau de sa prisonnière. En conformité avec son signe d'Eau, nous apprenons qu'elle a tenté de fuir par un canal. Elle a échoué, insuffisamment préparée aux épreuves de la vie. Rattrapée par son gardien, comme TAMINO, elle s'évanouit. C'est ainsi que nous la découvrons en scène. Subissant aussi une « transformation », elle est également rappelée à la vie par PAPAGENO qui lui décrit TAMINO et annonce qu'il est en route pour la délivrer. Dans un touchant parallélisme, elle tombe amoureuse du jeune homme à l'écoute de sa description. Il est indiqué à TAMINO par trois jeunes garçons qui prennent la relève des trois Dames après la préparation. Ces enfants symbolisent par leur jeunesse la possibilité de grandir en connaissance pour devenir des hommes sages. Ils guident TAMINO jusqu'à la porte du temple. Pas mieux que ne l'auraient fait trois enquêteurs. A la porte Nord du temple, du côté obscur, un vieux prêtre l'accueille et va le faire passer sous le bandeau.

En effet TAMINO explique sa mission mais se heurte au calme du prêtre qui se contente de rectifier la sombre description faîte de SARASTRO. Il apprend à TAMINO que pour entrer dans le temple, il doit subir les épreuves d'une initiation. Une décision à ce sujet lui sera bientôt communiquée. Se retrouvant seul à l'extérieur du palais et décontenancé, il joue de la flûte. PAPAGENO, du signe d'Air, lui répond aussitôt. Il vient d'échapper avec PAMINA, à MONOSTATOS en jouant du glockenspiel. L'instrument en argent, du signe de Terre, a repoussé le gardien du même signe. Dans cette fuite, PAMINA a demandé la protection de SARASTRO entreprenant ainsi une démarche vers l'initiation, parallèle à celle de TAMINO. SARASTRO décide alors de ne pas libérer PAMINA, de punir MONOSTATOS et de proposer au conseil l'initiation du couple. TAMINO, les yeux bandés, peut pénétrer dans le palais. Il traite des épreuves initiatiques au grade d'apprenti, des voyages et de la confrontation aux quatre éléments.

En ouverture, Mozart nous montre une marche solennelle des prêtres, régulière et rythmée. Dans une allusion au rite égyptien de Memphis-Misraim, SARASTRO invoque Isis et Osiris, et adresse une prière au Grand Architecte de l'Univers. La scène se passe dans une palmeraie où les troncs sont en argent et les palmes en or. Nous savons que le palmier est une plante solaire et que les palmes sont signes de victoire, notamment sur la mort dans beaucoup de religions. Quant aux palmiers de l'opéra, ils nous rappellent que les hommes, les palmes d'or, sont bien sûr issus de la femme, le tronc en argent, mais finissent toujours par les dominer. Les trois Dames sortent de terre et tentent de faire renoncer TAMINO à l'initiation en discréditant les initiés, les prêtres. Dans ses réponses, Mozart fait dire à TAMINO ce qu'il pense des attaques publiques contre la Maçonnerie. TAMINO refuse le discours des trois Dames. Au contraire, il renforce sa détermination, il « rédige » ainsi son testament philosophique et réussit l'épreuve de la Terre.

Sur le plan scénique, le Cabinet de Réflexion est rendu par un éclairage atténué, un décor de colonnes brisées, des débris de pyramides, des buissons d'épines et de lointains grondements de tonnerre. Au milieu de symboles de Terre : un jardin avec des bancs en gazon, des haies taillées en fer à cheval, PAMINA est endormie. Il fait nuit mais avec un ciel étoilé (le Royaume de la Nuit est là) et un clair de lune (astre féminin) soutenu. PAMINA dort parmi des roses semblables à celles qui ornent le sautoir de la Grande Maîtresse des loges d'adoption. PAMINA est dans le cabinet de réflexion, mais elle est dérangée par MONOSTATOS. Dans l'opposition de la noirceur du visage du Maure penché sur le sien baigné par la blanche clarté lunaire (le noir et le blanc sont les deux couleurs de la féminité), elle subit les assauts des forces élémentaires et instinctives de la Terre dans le Royaume de la Nuit.

La Reine de la Nuit surgit du sol et fait fuir à l'écart le Maure. Elle tente de discréditer SARASTRO, arme sa fille d'un poignard et lui demande, dans un air célèbre, de l'assassiner sous peine de la renier en cas de refus. Le sens profond de la pièce, le conflit entre les Royaume du Jour et de la Nuit, entre l'Homme et la Femme, est clairement rappelé par les paroles. MONOSTATOS, témoin de la scène et convoitant les pouvoirs de SARASTRO matérialisés par le cercle solaire, va encourager PAM I NA à réaliser ce meurtre et tenter d'abuser d'elle sous la menace de tout révéler si elle refuse.

Arrive alors SARASTRO (le livret précise qu'il est sur un char tiré par des lions) qui fait arrêter MONOSTATOS et met fin à l'épreuve de la Terre de PAMINA. La nature de l'épreuve est annoncée par l'arrivée du char volant des trois enfants (imaginez vous un tricycle surmonté d'une hélice) sur une musique très aérienne, fluide et sans basses. Le char est couvert des roses évoquées plus haut. Les trois enfants rendent à TAMINO et PAPAGENO leurs métaux : la flûte et le carillon. Ils apportent également un plateau chargé de victuailles et de vins. PAPAGENO a le tort de se jeter dessus, échouant ainsi dans cette épreuve. TAMINO, comprenant qu'on lui propose de choisir entre la chair et l'esprit, ignore cette nourriture et joue de la flûte. Il réussit l'épreuve de l'Air mais fait venir PAMINA à laquelle il ne peut adresser la parole. Il s'acquitte de son devoir de fermeté devant les femmes par deux fois : devant les trois Dames et devant PAMINA. On a vu qu'elle est associée à celle de TAMINO dans un rôle passif et cruel. Présentée voilée devant SARASTRO et les prêtres réservés, l'orchestre sonne alors les douze coups de midi de l'ouverture des travaux… Seule, elle a ensuite la marche irrégulière et affolée de l'impétrant lorsqu'elle veut se poignarder devant le silence de TAMINO croyant que celui-ci né l'aime plus. Les trois enfants retiennent son geste. Les épreuves communes de l'Eau et du Feu.

C'est une des scènes les plus visuel les de la pièce. Elle commence avec les trois coups rituels. On entend le grondement de l'eau et le crépitement des flammes. Le décor représente deux montagnes. L'une, surmontée de nuages noirs, est recouverte par une cascade. L'autre crache du feu dans un ciel rougeoyant. Le reste de la scène est occupé par des rochers. Le rouge du feu, signe masculin, est associé au noir de l'eau, signe féminin. TAMINO est vêtu légèrement d'une tunique. Il a les pieds nus. Deux hommes en cuirasse l'encadrent. Leurs casques sont enflammés. Ils sont les gardiens du Feu et de l'Eau mais rappellent aussi par leur tenue les combats que l'Homme doit affronter. C'est l'allusion aux cliquets des épées que nous connaissons. Il faut aussi souligner la différence de protection dont jouissent les initiés et les profanes. Les deux gardes lisent à TAMINO l'inscription figurant sur la tombe d'Hiram : « Celui qui s'engage sur cette route pleine de dangers sera purifié par le Feu, l'Eau, l'Air et la Terre. S'il peut surmonter la terreur de la mort, il s'élancera de la terre vers le ciel. Il sera alors en état de recevoir la Lumière et de se consacrer tout entier aux mystères d'lsis ».

Au moment où TAMINO se dirige vers les flammes, il est rejoint par PAMINA qui veut partager avec lui les dangers du voyage. Elle révèle à TAMINO l'histoire de la flûte et l'intervention des quatre éléments dans sa conception. La Flûte change alors de dimension, de signe d'Air elle devient le symbole de la puissance divine de la musique. En jouant de l'instrument, donc en utilisant l'Air, TAMINO, signe de Feu, accompagné de PAMINA, signe d'Eau, va affronter au sein de la Terre (ils disparaissent derrière des rochers) les deux éléments de leur symbole respectif : le Feu et l'Eau. Nous sommes aussi les témoins d'une « Reconnaissance conjugale ». PAMINA n'est plus la femme inférieure du Royaume de la Nuit mais le complément indispensable dans le couple. Elle suit l'Homme dans ses épreuves et son ascension. Mozart nous montre de belle manière comment on peut, dans son activité professionnelle, appliquer la symbolique maçonnique, cet extraordinaire moyen de véhiculer à travers les âges nos idéaux. Je me demande si la méditation de son exemple ne peut pas nous aider à développer nos valeurs. Enfin, si cette planche vous incite à vouloir mieux connaître Mozart, et à assister à une représentation de la « Flûte enchantée » j'aurai atteint l'objectif que je m'étais fixé.
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